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Thème : Quel travail faut-il accomplir pour réconcilier la mémoire, la culture et l'identité ?

Sauver le village de la Grande-Chaloupe, village des Hauts dans les Bas

Sauver le village de la Grande-Chaloupe, un village des Hauts dans les Bas

Le site de la Grande-Chaloupe est un espace historique unique à La Réunion, il rend compte de façon matérielle et immatérielle, d’un héritage propre aux différentes phases de l’histoire Réunionnaise :
- L’occupation anglaise du début XIXe donne son nom à un chemin du XVIIIe dit « Chemin des Anglais »,
- L’Engagisme se matérialise dans les Lazarets I et II construits entre 1860 et 1865,
- Le Chemin de fer construit fin XIXe est présent à travers les bâtiments de la gare, les locomotives, le pont et le tunnel,
- On y retrouve aussi des éléments du patrimoine religieux de l’espace réunionnais : ti bondié, temple, rond de servis malgas situé au cœur d’un village avec un ancrage traditionnel fort, un village des Hauts dans les Bas.

La Grande-Chaloupe abrite 3 groupes d’habitations caractéristiques de l’habitat traditionnel réunionnais. L’installation des habitants dans le quartier (1950-1960) s’insère dans le contexte de la départementalisation et du passage à la «Modernité» (terme qui désigne à La Réunion la rupture progressive de l’île avec le mode de vie du XIXe siècle). Le village, installé dans un éco-système riche, à proximité de l’océan permet de conserver un mode de vie traditionnel ou le quotidien est complété par une agriculture de subsistance, par la chasse ou la pêche tout en permettant de bénéficier de la plus grande partie des avantages de La Réunion du XXIe siècle. L’aménagement de la zone d’habitat est intimement lié à ce mode de vie, combinant tradition et modernité.

La partie du village située en fond de ravine est marqué par la présence d'un espace pour le servis kabaré. Le servis né à La Réunion des contacts des migrations tamoules et malgaches de l’Engagisme qui rencontre localement les pratiques issues de l’Afrique conservés dans la période Esclavagiste. Il présente plusieurs formes (servis Malbar, servis Malgas, servis Zesclav,etc) selon les sphères familiales auxquelles il est rattaché. Dans ces différentes variations, bon nombre ont en commun le culte des ancêtres. La pratique du servis est intimement liée à un cadre familial, à un sol ou un lieu de mémoire et donne une dimension à très forte valeur sacrée à l’espace où il se pratique.

La pérennité de l’ensemble de ces éléments patrimoniaux est le résultat de la présence et de l’implication des populations installées et présentes sur le site. Tous ces éléments matériels, immatériels, humains d’une valeur patrimoniale, mémoriale et interculturel incontestable sont aujourd’hui gravement et directement menacés par le projet Tram-Train. Il ne s'agit pas de remettre en cause l'intégralité du projet mais il nous paraît indispensable de réviser le tracé actuel menaçant cet héritage. Préserver l’intégralité de la mémoire et de l’identité de ce site est sans doute aussi important qu’une solution de déplacement écologique.