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Thème : Quels projets structurants pour l'avenir de chaque territoire ?

QUELS PRINCIPES POUR L’ECONOMIE DE LA GUADELOUPE DE DEMAIN ?

QUELS PRINCIPES POUR L’ECONOMIE DE LA GUADELOUPE DE DEMAIN ?
Cercle Philosophique et Culturel « La Parfaite Egalité »

La plupart des systèmes économiques de ce monde ont tous été conçus sans tenir compte de la géographie ou de l’histoire des pays où ils doivent être appliqués. Ainsi en Guadeloupe, île de 1.450 km2, peuplée de 420.000 habitants il convient de les y adapter afin de redynamiser l’économie et retrouver un consensus social. Par exemple, sur un territoire aussi exigu, les lois de la concurrence fonctionnent mal et des situations de monopoles se créent, au détriment de l’emploi et des consommateurs.
Il s’agit d’analyser les forces et les limitations de la spécificité guadeloupéenne afin de créer les conditions pour libérer ses forces et estomper les contraintes. Parmi les forces de la Guadeloupe, comptons l’intelligence, la créativité, et l’énergie de sa population. Quoi qu’il en soit, c’est au peuple Guadeloupéen de décider et d’organiser son futur.

Avant d’essayer de redéfinir ce que pourrait être la situation économique idéale il conviendrait peut être de rappeler ou de poser un certain nombre de postulats fondamentaux qui régissent le système économique dans lequel nous évoluons. C’est à partir de ces réalités incontournables que tout peut alors être imaginé.

 L’homme est au centre du système économique qu’il a mis en place pour satisfaire ses besoins et non le contraire. Un système économique humaniste doit obligatoirement mettre l’homme, à égalité avec la femme, au centre de ses priorités et non la recherche maximale du profit.

 L’économie d’un pays doit être capable de s’organiser afin que toute femme et tout homme puisse y trouver sa place en fonction de ses dons et compétences, et y vivre dignement. La mixité « en tout genre » est une richesse et non un handicap.

 Il faut revenir aux valeurs fondamentales du travail, procurant un revenu, juste et équitable, au prorata de la richesse créée ;

 Dans un système économique où évoluent des hommes et des femmes libres, un fonctionnement harmonieux est fondé sur le contrat social ;

 Un contrat social ne fonctionne que si toutes les parties en respectent les clauses avec responsabilité. Il y a dysfonctionnement lorsque les clauses du contrat ne sont plus respectées ; il revient alors de retrouver de nouvelles clauses de fonctionnement ou de faire revenir le partenaire dans le fonctionnement contracté ;

 C’est l’investissement économique qui à long et moyen terme produira de la richesse, par sa rentabilité et sa capacité à créer de l’emploi;

 L’intervention de la puissance publique créée les conditions favorables pour le développement économique, mais ne le réalise pas lui-même ;

 Tout développement économique ne pourra se faire que dans une certaine quiétude sociale librement consentie ; quiétude qui ne peut être obtenue sans une certaine moralisation des rapports économiques et sociaux.

 Un développement économique harmonieux ne peut se faire sans un dialogue permanent, corollaire du Contrat social, entre toutes les forces vives de la société (économique, social, éducatif, culturel, etc…).
* * *
Partant de ces affirmations, il doit être possible d’envisager une certaine évolution économique de la Guadeloupe à condition d’être imaginatif et de valoriser au mieux toutes les potentialités locales. De nombreuses pistes doivent pouvoir être explorées, parmi lesquelles il est possible d’en mettre certaines en exergue.

Le développement économique d’une Région ne se décrète pas, il ne peut qu’être organisé. Vu le contexte économique actuel de la Guadeloupe, avec un taux de chômage (22%) largement supérieur à celui de l’hexagone, il devra reposer sur une égalité de traitement de cette Région avec toutes les autres, mais fait surtout de solidarité et non de charité, vu le retard accumulé.

Les difficultés économique et sociales actuelles de la Guadeloupe ont pour origine le contexte local, mais aussi la crise économique mondiale. Le reconstruction devra donc se faire à plusieurs niveaux.

1 - L’investissement économique

Le premier moteur de l’économie d’un pays ou d’une Région est d’être capable d’investir régulièrement dans des moyens de production efficients. Les ressources naturelles de la Guadeloupe étant limitées il convient d’identifier ce qui fonctionne déjà, pour les valoriser au mieux dans le plus grand respect de l’environnement.
La fiscalité peut constituer un outil de développement au service de la réduction des inégalités dans le domaine de l’emploi, de l’aménagement du territoire.

 ROLE DE L’ETAT
L’effet des investissements structurants de l’Etat ne se fait pas suffisamment sentir en Guadeloupe, pour créer une véritable dynamique de développement durable. Il conviendrait de réfléchir à plus de création ou d’amélioration d’infrastructures (routes, ponts, ports, protections contre les aléas climatiques, immeubles d’Etat, etc…) plutôt que de persévérer dans des investissements de défiscalisation, parfois éphémères, ou bien en les reliant de façon plus rationnelle aux réels besoins de l’île.
Une politique fiscale imaginative et ambitieuse sera de nature à soutenir les petites entreprises où se trouve la majeure partie des potentialités de création d’emplois.
Les grandes administrations de l’Etat doivent être plus à l’écoute des besoins et des demandes du tissu économique local. L’incompréhension régulière qui existe entre ces deux entités s’avère complètement anti-productive.

 CARNAVAL ET ACTIVITES DERIVEES
Ainsi, chaque année se concentrent pendant plusieurs semaines un grand nombre d’activités avec pour point central le carnaval. Ce grand rendez vous annuel de l’imagination et de la créativité devrait, à l’image de ce qui se passe dans d’autres cités, produire plus de retombées économiques. Une meilleure insertion de cette activité dans la vie urbaine serait susceptible de redynamiser les centres ville de façon durable.
Ce grand moment de la vie culturelle de Guadeloupe devrait inspirer les municipalités pour remodeler leur urbanisme de centre ville afin de donner au Carnaval l’espace qu’il mérite et créer des activités dérivées dans la périphérie immédiate.

Le génie créatif des villes du monde est souvent soutenu par un évènement culturel et ludique.

 URBANISME
Initié par les municipalités, l’urbanisme (neuf et rénovation, commercial et logement) est un excellent moteur de développement au niveau d’une commune ; de plus il est créateur d’emploi et soutien l’activité économique.
Egalement le logement social, véritable catalyseur de l’insertion sociale s’avère primordial
C’est une façon de redistribuer l’impôt durablement, puisqu’il génère des emplois à court et moyen terme.

 L’ENTREPRISE Une étude réalisée en France en 2007 a montré que plus de 80% des projets de recrutement de collaborateurs sont le fait de petites industries et entreprises. Il convient donc de les accompagner au mieux, en imaginant des contrats solidaires de développement.

2 - La Production

 Lors des derniers évènements de début 2009, des entreprises ont été montrées du doigt pour leur comportement assez proche d’un capitalisme sauvage. Une fois reconnu le rôle sociétal de l’entreprise créatrice de richesse, il lui est aussi demandé de devenir plus citoyenne dans une société de partenaires responsables et solidaires.

 Les cumuls d’emplois ne sont plus aujourd’hui supportables ; les citoyens doivent être capables d’effectuer des choix responsables et d’oublier des comportements plus proches de la cupidité que de la solidarité.

 Une officialisation d’une partie de l’économie souterraine serait de nature à créer des emplois durables, du fait d’une responsabilisation des acteurs. Les mêmes recommandations valent pour le travail clandestin, qu’il convient de supprimer, en simplifiant les démarches administratives.

 La dimension économique exiguë de la Guadeloupe ne permettra pas d’échapper à un certain nombre de monopoles en approvisionnement ou en services. Il convient alors d’encadrer le fonctionnement de ces structures, sans concurrence, par des instances de concertation et de suivi. Ces structures doivent fonctionner plus « pour servir plutôt que se servir ».

 En agriculture, une meilleure répartition des subventions, vers des secteurs innovants, permettrait de mieux valoriser ces crédits, issus de la solidarité nationale ou européenne. De plus, des clefs de répartition ainsi que des plafonds calculés sur le chiffre d’affaires unitaire ou l’emploi de main d’œuvre devraient être rapidement mis en place. L’installation des jeunes devrait plus que favorisée à condition que les collectivités soient réactives pour la gestion de leur patrimoine foncier. Il est désolant de constater que le laxisme de ces dernières favorise toujours l’illégalité.

Les productions de plantes médicinales, aromatiques et à parfum, par définition à haute valeur ajoutée, seraient de nature à créer de l’activité économique durable, à condition de pouvoir être réalisée dans des environnements propres et que les agriculteurs soient organisés.

La Guadeloupe possède une compétence reconnue internationalement pour la l’aquaculture d’eau douce (production de ouassous). Il est surprenant que les acteurs économiques locaux ne cherchent pas plus à la développer et que les autorités nationales soient aveugles sur cette activité

De même, la production de volailles en Guadeloupe serait de nature à créer de nombreux emplois, à la condition de :
- officialiser et organiser cette production
- encourager les structures existantes (coopérative, Interprofession)
- être vigilant sur des propositions d’opportunistes en quête d’aides plus que de
production ;
L’élevage, au sens large du terme, est un domaine d’activité qui pourrait être fortement créateur d’emplois, à condition :
- d’être traité avec équité avec les autres secteurs de l’agriculture, pour les aides,
- de miser sur des hommes et des femmes compétents, organisés et structurés.

 L’intervention de la puissance publique de l’Etat (recherche, pré-vulgarisation, etc…), par l’intermédiaire de ses structures d’accompagnement, devrait permettre la mise en place de projets innovants, qui ont besoin d’un suivi adapté pour émerger durablement

 L’artisanat et les métiers manuels sont potentiellement de nature à créer de l’activité économique. Les champs d’activité sont importants en particulier dans les arts décoratifs de la maison. Encore conviendrait-il de mettre en place les formations adaptées et restaurer l’image décriée de ce type de professions fortes rentables.

 Le tourisme, dans ses différentes composantes, est une activité de nature à créer des flux permanents susceptibles de créer de nombreux emplois, tant dans les services que le commerce. Il convient donc d’en trouver la forme la plus adaptée à la culture locale, mais également faire évoluer son approche sociale. Par exemple, dans l’archipel des Saintes, la population a compris que sans le tourisme leur territoire irait vers une mort économique certaine ; il est possible d’y constater cette adaptation à la notion de service.

 Il serait possible à la Guadeloupe de devenir leader, dans la Caraïbes, dans le domaine des énergies renouvelables. Il conviendrait pour cela de concentrer les efforts sur toute la chaîne : Formation, enseignement, recherche, transfert de technologie, création, maintenance etc..

3 - La consommation

 Rapport avec les GMS (Grandes et Moyennes Surfaces)
Ce système de commercialisation ne peut fonctionner durablement en Guadeloupe comme dans l’hexagone ou tout autre pays. Une île est une microsociété économique où la concurrence ne peut pleinement s’exercer dans tous les domaines du fait de l’exigüité du territoire. Ainsi les rapports économiques tant avec les producteurs que les consommateurs doivent ils être revus et améliorés afin de rester en permanence dans un système « Gagnant-Gagnant ».

 Le respect des lois et règlements (relatifs à la gestion des monopoles) dans le domaine des transactions commerciales doit être scrupuleusement assuré, parce que dans ce petit territoire les conséquences sont immédiatement dommageables.

4 - Les systèmes financiers

 Le microcrédit est une façon pour des citoyens sans moyens de créer leur propre activité économique de façon responsable ; ce système de solidarité entre citoyens mériterait plus de publicité et d’engagement.

 Le manque de réactivité des banques, ainsi que l’exagération de leurs tarifs, pénalise en permanence les entrepreneurs, qui pâtissent de ces carences et abus.

 Un manque chronique de concurrence est patent dans le domaine bancaire, en particulier de banques à vocation réellement mutualistes.

 Les banques installées en Guadeloupe ont des comportements frileux et n’accompagnent pas suffisamment les entrepreneurs sérieux qui y souhaitent investir. Les collectivités territoriales, en apportant des garanties et cautions (plus que des subventions) aux projets sérieux, seraient capables d’encourager ce dynamisme. Il en est de même pour les besoins en trésorerie.

5 - La Formation et la jeunesse

 Les forces vives de Guadeloupe doivent plus se préoccuper de l’avenir des jeunes à qui il convient de donner tous les moyens pour faire éclore leurs talents, tant dans le domaine économique, intellectuel, sportif ou artistique, que dans celui de l’intérêt général.
Les jeunes devraient pouvoir, en toute responsabilité, contracté une aide, basée sur la solidarité et non la charité, pour la réalisation de leurs projets.

 Les formations locales doivent être choisis et encouragées en fonction de leur capacité de renforcer l’économie locale et de créer des emplois de qualité en Guadeloupe pour toutes les classes sociales et surtout pour les jeunes. Dans un tel contexte, la genèse du choix de nouvelles formations ainsi que les délais de mise en place doit inévitablement faire preuve de réactivité et d’adaptabilité.

 Si le souhait du jeune est de vivre et travailler en Guadeloupe, alors il devra aller chercher à l’extérieur de la Région tout ce qui lui permettra de compléter sa formation, pour revenir ensuite réinvestir ses acquits dans sa Région. L’emploi ne s’ouvre pas uniquement au savoir ou au savoir faire, mais aussi au savoir être que seul le voyage permet d’acquérir.

 Il faudra avoir le courage d’expliquer aux jeunes les besoins de l’île en termes de qualification. Faute de quoi, un sentiment de frustration sera entretenu auprès de ceux qui ne trouvent pas d’emplois malgré de bonnes formations. Or tous les jeunes diplômés ne trouveront pas d’emploi dans leur île.

 Enfin, s’il fallait associer formation adaptée, haute qualification, responsabilité, solidarité et excellence, il semble qu’il manque aujourd’hui en Guadeloupe un maillon essentiel, capable de conduire à long terme les acteurs nécessaires aux besoins d’évolution de l’île. Depuis plusieurs siècles les hommes se sont transmis savoir-faire et valeurs morales au sein de l’association des COMPAGNONS DU TOUR DE FRANCE. Il n’existe pas en Guadeloupe de maison régionale de cette association, reconnue et appréciée internationalement.

La création locale d’un tel type d’établissement ne pourrait être que très bénéfique à l’île puisqu’il permettrait de donner aux jeunes de solides métiers, alliant toutes les qualités dont il faut se doter pour affronter la vie, et les hautes compétences dont la Guadeloupe a besoin.

6 – Aller vers un développement durable et équitable.

 Réorganiser, restructurer une économie, une société, demande de semer à long terme, d’accompagner des changements de perspectives, d’expérimenter avant de généraliser. Changer le cours des événements impose d’être capable de penser le changement. La crise vécue en début 2009 en a donc été une occasion salutaire.

 La Guadeloupe doit s’engager vers un développement économique maîtrisé. Parmi les erreurs à ne plus reproduire, il est possible de citer l’exemple de telle ou telle décharge, dont les élus se renvoyaient la responsabilité, en un parfait jeu stérile. Or personne ne s’est jamais interrogé sur le pourquoi et le comment de telles erreurs, générées tant par le mode de consommation des uns que par l’irresponsabilité des autres.

 Les techniciens et les cadres de cette Région devront obligatoirement s’expatrier pour acquérir les formations diplômantes dont a besoin la Guadeloupe. Revenir travailler au pays ne sera plus le seul facteur nécessaire à ce retour ; le pays devra aussi se faire accueillant, plus respectueux de soi-même, des siens et de son environnement.

Conclusion

Assurer le développement tout en garantissant la solidarité impose non seulement d’associer les compétences régionales et départementales dans une même responsabilité, mais surtout d’en maîtriser les moyens. Dans ce domaine, l’important n’est pas le nombre de conseillers, mais la réelle maîtrise de la fiscalité, et l’égalité des citoyens

Si Colbert doit laisser la place, le libéralisme financier n’est pas la panacée, et les péripéties de la crise mondiale actuelle en sont bien la preuve. Charybde ne doit pas engendrer Scylla… Penser global n’empêche pas d’agir local, et l’urgence est à une nouvelle culture de la responsabilité, dans une grande région riche de la diversité de ses Hommes, et non pas terre conquise des chantres de l’économie ultralibérale.

Le développement de la Guadeloupe se fera par la formation de sa jeunesse mais aussi en allant rechercher les compétences extérieures dont elle a besoin. Et surtout par un réel développement durable respectueux de l’environnement et au service de citoyens impliqués