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Thème : Quel travail faut-il accomplir pour réconcilier la mémoire, la culture et l'identité ?

promouvoir l'histoire

Mémoire, Patrimoine et Toponymie
L’histoire, quelles vérités ?

Le constat est clair, limpide, édifiant :
20 décembre 1848 : abolition de l’esclavage à la Réunion.
19 mars 1946 : loi de la départementalisation.
1956-1963 : Perreau Pradier, préfet de la Réunion interdit le maloya.
1960 : lois scélérates de Michel Debré exilant en France onze fonctionnaires réunionnais.
Finalement, il a fallu attendre les années 1970- 1980 pour que soit posée la question de la culture réunionnaise perdue dans les méandres de la colonisation, restée coincée dans les filets de la créolie qui prônait l’exotisme de la langue, la rêverie des poètes et bien entendu la nonchalance de ces îles lointaines attachées à la mère patrie.
Le Mouvman Kiltirel Rényoné s’est créé en opposition à cette béatitude qui reposait sur l’assimilation à la culture française, pimentée de quelques ingrédients créoles.
Il faut dire que c’était le temps où le maloya était interdit, où Ziskakan ne passait pas dans les salles publiques, où Danyèl WARO se faisait jeter en prison lorsqu’il entamait un hymne à la culture réunionnaise après avoir été jeté en prison pour insoumission.
1980, c’est l’ère Mitterrand, la reconnaissance du 20 décembre comme journée fériée, la libération du maloya et le boum des artistes qui revendiquaient cette source comme référence.
Mais si le maloya a atteint aujourd’hui ses lettres de noblesse, et que plus personne n’ose le taxer aujourd’hui de « musique boum boum » (Danyél WARO en parlant de Luc DONAT), si le Mouvman Kiltirel Rénoyné a fait surgir la question identitaire et le « complexe de la langue créole » sans pour autant le régler, il n’en demeure pas moins que la question de l’histoire et de la référence aux origines reste problématique.
Il a fallu attendre 2001 et la loi Taubira reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité pour qu’il y ait un vrai débat sur la citoyenneté des esclaves, restituée par l’abolition de l’esclavage du 20 décembre 1848.
Ce n’est donc que 150 ans après l’abolition qu’on a commencé à interroger cette période de l’histoire française et réunionnaise, et à se pencher sur les conséquences économiques, sociales et culturelles de ce rapt inhumain.
1998, c’était encore l’époque Sarda, considéré comme le sauveur, jusqu’au moment où des voix s’élevèrent pour réclamer « la vérité sur l’histoire », et la réparation face aux crimes commis.
Ces voix sorties du silence séculaire et du « fénwar » de la pensée se sont levées et ont pris la parole, les historiens ont repris leurs plumes pour révéler des pans entiers de l’histoire restés dans l’ombre, les acteurs culturels se sont emparés de cet objet historique pour éveiller les consciences, les artistes ont entonné à nouveau, avec toute l’emphase qu’il mérite, l’hymne des ancêtres. Tous contribuent aujourd’hui à pacifier la mémoire de la souffrance en rétablissant les responsabilités familiales et institutionnelles de ce crime.
Nous héritons tous de ce crime, quel que soit « le bordage du bateau négrier » -« sakinn son bordaz nèg i rié », comme le dit Babou B’ Jalah- sur lequel on se trouve, et chacun d’entre nous doit réhabiliter son humanité, les descendants d’esclaves, d’engagés ou des maîtres unis dans un même élan d’émancipation, afin de retrouver un peu de dignité.
Mais beaucoup préfèrent ignorer cette nécessité, cette évidence thérapeutique en ne se sentant responsables de rien, pas même de leur propre héritage. Des inégalités sociales, des injustices criantes, des dénis morbides laissent perdurer un esclavage mental qui institue d’un côté des complices d’un état de fait postcolonial, et de l’autre des victimes.
Faire la vérité sur l’histoire implique d’entreprendre cette œuvre de pacification sociale sans laquelle aucun développement équilibré n’est possible. C’est poser les termes d’une réhabilitation citoyenne des esclaves qui ont construit la cité, des marrons qui ont érigé la liberté et des engagés qui se sont investis dans ce pays avec « un billet simple », car pour la plupart d’entre eux ils n’ont pas eu la possibilité de retourner dans leur pays, de garder leur nom d’origine, escamoté la plupart de temps par les officiers d’état civil, ni même leur culture dominée par la religion apostolique.
Cette histoire plurielle, nous devons l’inscrire sur les tableaux noirs de nos écoles de la République, qui n’a longtemps été qu’une république assimilationniste et réductrice. Il est temps aujourd’hui d’ouvrir les vannes de la culture réunionnaise et de laisser jaillir la pensée plurielle comme autant de louanges à la créativité et à la liberté.
L’histoire doit bénéficier de la même liberté, sans complexes et sans tabous, dénoncer ce qui est maintenu jusqu’aujourd'hui dans la honte et le mépris, dire l’insoutenable violence de l’esclavage, dire le racisme légalisé, l’exploitation inouïe, mais dire aussi qu’il est temps de guérir de tous ces maux et que la société doit mettre en place les remèdes pour accéder à cette guérison psychique.
Car qui donc constituent la société si ce n’est nous, acteurs économiques, sociaux, politiques et culturels, institutions publiques et privées, tous engagés dans une même communauté de destin ? Nous devons faire preuve de lucidité face à notre avenir, pour cela nous devons savoir comment s’est constitué notre présent.
Car ceux qui profitent ne sont pas toujours ceux qui triment et si l’âme de Mme Desbassyns plane encore sur les négociations, les subsides de la Banque de la Réunion restent au cœur du débat. Cette banque, on le sait, a été créée avec l’argent de l’indemnisation reçue par les propriétaires d’esclaves peu après 1848. Il est nécessaire de percer cet abcès, pour cela une commission « Vérité, Justice et Conciliation » (qui tiendrait compte du travail effectué à l’île Maurice) serait très utile.
Revenir à l’histoire pour ne plus perpétuer le crime, c’est le principe même de la réparation.
Connaître, prendre conscience de l’ampleur du gâchis social pour ne pas recommencer. Mais connaître aussi pour retrouver à travers l’anéantissement le courage de résister, la volonté de combattre l’inhumain, de rompre avec l’aliénation.
Car les associations qui travaillent sur le terrain font face à cette évidence : la plupart des Réunionnais ne connaissent pas leur histoire. Des dates importantes demeurent ignorées, telles :
- 1663 : constitution de la première communauté réunionnaise pérenne, deux Français et dix Malgaches, dont trois femmes venaient de Fort-Dauphin (Madagascar) pour s’installer à Bourbon. Première révolte des Malgaches qui partent en marronnage.
- L’enregistrement du Code Noir à Saint-Paul le 18 septembre 1724.
- 1750 : « guerre de Cilaos » contre les Marrons qui a duré environ dix ans.
- La révolte de Zélindor le 23 mai 1779.
- La révolte des Esclaves de Saint-Leu le 5 novembre 1811.
- Le complot de Saint-Benoît, découvert le 27 avril 1833, qui impliquait des « libres de couleur » et des esclaves.
Au lieu de faire la lumière sur cette période de notre histoire, de glorifier la résistance des marrons et des esclaves contre ce système d’oppression, le gouvernement français a longtemps préféré mettre l’accent sur Sarda Garriga, présenté comme le sauveur ou encore sur les vertus de l’assimilation censée apporter la promotion aux Réunionnais et le développement magique de l’Ile du seul fait du mimétisme érigé en modèle de progrès. Tous ces mots et ces concepts n’ont fait qu’embrouiller notre esprit car de fait, le développement économique se fait toujours attendre, seul le commerce fleurit et entraîne toujours plus de frustration. Le constat est amer, le génie réunionnais a été enfermé dans un placard et nous devons tout mettre en œuvre aujourd’hui pour que se développe enfin cet imaginaire qui s’appuie sur les valeurs culturelles de la Réunion comme sources de son développement.
Faire la vérité sur l’histoire pour guérir des maux de l’esclavage, instituer les marrons et les résistants comme des grands hommes permettraient à ceux qui n’ont reçu comme héritage que la violence de l’esclavage, de s’affilier à ces figures de la résistance, de se forger de nouveaux modèles de lutte et de combat, de persévérance et d’espoir dans l’avenir.
Partant de ce constat, le programme que notre commission « patrimoine, histoire, mémoire et toponymie » propose pour sortir de ce déni de l’histoire se fonde sur le principe de la réparation.

Le principe de la réparation

Nous le déclinons sous forme de revendications concrètes qui touchent l’ensemble des sphères sociales, éducatives, culturelles et économiques.

A) L’histoire, un droit fondamental
La première revendication concerne le Droit à l’Histoire qui nous paraît être un droit fondamental.
À ce titre, nous avons mis en évidence la nécessité de développer les moyens pour que chaque Réunionnais, quel que soit son âge et sa condition sociale, puisse accéder à l’histoire de son pays.
Le rapatriement de toutes les archives concernant la Réunion
Pour ce faire, les archives concernant l’esclavage, l’engagisme et la colonisation doivent être rapatriées à la Réunion et réunies aux archives départementales de la Réunion, que ce soit sous forme de photocopies, de microfilms ou autres supports numériques.
La préemption des documents historiques originaux
Les documents relatifs au patrimoine réunionnais, faisant l'objet d'enchères, et particulièrement les livres anciens et les originaux, doivent être versés dans les fonds publics, notamment par le biais de préemptions.
L’enseignement et l’appropriation de l’histoire
Cela passe nécessairement par l’apprentissage de l’histoire dès la maternelle et jusqu’à l’université, mais également par le développement de programmes de recherches et d’actions menés aussi bien par l’université que par les associations ou par l’individu lui-même.
L’appropriation de l’histoire passe par sa connaissance. Cette connaissance doit être facilitée par la mise à disposition du public de moyens tels que livres, films, documents pédagogiques, archives, arbres généalogiques, etc., autant d'outils qui doivent être développés par les pouvoirs publics et les associations, et disponibles dans les bibliothèques scolaires et publiques, aux archives, au sein des associations qui développent ces ouvertures au savoir.
Pour ce faire, nous souhaitons une divulgation massive de l’histoire de la Réunion au sein des médiathèques par la mise à disposition du public des livres consacrés à l’histoire de la Réunion, que ces livres soient faciles d’accès. Que les médiathèques organisent régulièrement des journées portes ouvertes sur l’histoire pour permettre au public de rencontrer les historiens et de faire le point sur l’avancée des recherches.
Par le partage des savoirs acquis par les associations lors de leurs enquêtes de terrain et leurs recherches aux archives sous forme de restitution au public, d’intervention pédagogique dans les écoles ou encore de participation aux programmes de formation des adultes .
Par la mise en place d’une borne publique au sein des organismes d’insertion qui permettraient aux usagers d’accéder également à des informations sur l’histoire de la Réunion ; cette connaissance procède de leur intégration dans la vie de la cité, en réintroduisant des repères et des références.
Par l’installation de kiosques ou de panneaux informatifs sur l’histoire des lieux de mémoire.

B) Les programmes de recherche historique
Il faut continuer et intensifier les recherches sur place mais aussi avec une ouverture sur les archives et les ressources des pays d’origine et de transit, comme Madagascar, le Mozambique, l’Afrique du Sud et d’autres encore. Il est primordial que toute la lumière possible soit faite sur ces questions identitaires fondamentales pour l’épanouissement des descendants.
L’histoire des kartié
L’histoire orale, celle racontée par les habitants des kartié est une source précieuse de la connaissance de l’histoire. Les paroles qui viennent de la kour, du kartié, constituent la mémoire du kartié ; elles contribuent à la connaissance et à la réécriture de l’histoire en s’appuyant sur la mémoire populaire. Ces paroles sur le kartié viennent combler les lacunes des archives, des documents écrits, des romans historiques qui s’appuient sur une histoire souvent officielle, diffusée par les administrations coloniales, les maîtres ou les voyageurs. Or l’histoire des kartié n’est pas qu’une histoire administrative des communes, de la même façon que l’histoire de l’usine n’est pas l’histoire du kartié Fransé. On a trop tendance à confondre l’histoire des propriétaires de l’usine ou des plantations avec celle des ouvriers. L’histoire des possédants, des maîtres, ne doit pas effacer celle des esclaves et des ouvriers qui, elle, reste à faire. C’est la mémoire des kartié qui peut contribuer à reconstituer cette histoire populaire.

C) La recherche généalogique
La reconstitution de l’arbre généalogique ainsi que le géno-sociogramme sont également des sources d’histoire personnelle et familiale non négligeables puisqu’ils permettent de retracer le roman familial et d’inscrire l’individu dans une lignée et dans une transmission intergénérationnelle.

D) L’inventaire du patrimoine réunionnais
La collecte du patrimoine
Les collectivités locales, les associations, les personnes peuvent aider au recensement et à la reconstitution du patrimoine réunionnais. La collecte des archives et la compilation des documents historiques viendraient ici compléter l’histoire orale, fournie par les récits de vie et les entretiens effectués avec les personnes des villages et des kartié. Car ces personnes sont souvent une source précieuse d’histoire, notamment concernant la vie du village, du kartié et la mémoire des lieux. Combien de monuments historiques ont pu être ainsi retrouvés grâce à leurs indications. Bien entendu la confirmation du caractère historique de ces objets doit être fait dans un laboratoire d’archéologie, une discipline qui doit trouver sa place à l’université de la Réunion qui n’en est toujours pas pourvue.
L’inventaire et le classement des objets et des sites historiques
Tous les sites historiques doivent être répertoriés et classés. Ils doivent être sauvegardés et réhabilités.
Les objets du patrimoine relatifs à l’esclavage, au marronnage, à l’engagisme et à la colonisation doivent être recensés et préservés.
Une information publique sur les objets trouvés dans les différents sites de l’Ile par les associations, les individus ou encore par les institutions chargées de la préservation du patrimoine comme la DRAC, la Région, le Département doit être diffusée dans les plus brefs délais.
Ces objets trouvés lors de la réalisation de chantiers d’aménagement, d’une recherche personnelle ou institutionnelle ou encore dans le cadre de projets mis en œuvre par des associations doivent être recensés, datés et versés au patrimoine commun. Il en est ainsi des ossements trouvés à la caverne Phaonce par l’ONF, à Dimitile par l’association capitaine Dimitile, à Saint-Paul lors du cyclone Firinga. Les objets trouvés à Tapcal par des explorateurs, les objets collectés par le GRAHTER à Salazie lors du colloque sur l’archéologie, les chaînes de la prison Desbassyns à la Rivière-des-Pluies.
Le musée Desbassyns doit être complété par la partie esclave, le recensement des esclaves, mais également tous leurs outils de travail, ainsi que les objets de sévices et de contention.
Les sites historiques doivent constituer des sites publics ouverts à tous. Les heures d’ouverture des musées historiques (comme la Prison Desbassyns, les Lazarets, etc.) doivent être rendus publics.
En aucun cas, ces sites ne peuvent être la propriété exclusive d'une communauté religieuse. Cependant chaque personne ou composante culturelle et cultuelle est libre de rendre hommage à ses ancêtres à la manière qui lui convient, à condition de respecter le site et de le nettoyer après chaque manifestation

E) Le Parc National des Hauts
Le Parc national des Hauts doit instruire le dossier du marronnage et de la liberté et réhabiliter ainsi la mémoire des Hauts. Il est de son devoir de contribuer à la sauvegarde des modes de vie et du patrimoine culturel encore en usage dans les cirques et dans les Hauts. A ce propos son rôle est primordial dans le maintien et la valorisation des toponymes anciens issus du marronnage et de l’esclavage, trop souvent occultés par des nouvelles appellations parfois fantaisistes. Le respect des graphies créoles anciennes relève du respect de l’Histoire et demande une collaboration avec les spécialistes. Nous attirons aussi l’attention sur le besoin de consigner soigneusement l’histoire culturelle des plantes à travers leurs différents noms et leurs usages traditionnels.
D'autres autorités publiques ont le même devoir à l'égard de certains villages des Bas, telle la Grande-Chaloupe… S’intéresser uniquement au patrimoine végétal, aux plantes endémiques et aux pratiques médicinales, nous paraît être largement insuffisant au vu de l’histoire riche des Hauts de l’Ile, dont la fondation s’appuie sur l’épopée du marronnage et de son pendant, la chasse aux marrons ainsi que de nombreux échanges qui ont eu lieu entre les marrons et les « petits blancs » qui ont fui le système de l’esclavage en s’appropriant une terre dans les Hauts à Cilaos, Salazie ou Mafate.

F) L’archéologie préventive et la recherche archéologique
Tous les sites historiques doivent être répertoriés et faire l’objet d’une étude archéologique, afin que puisse être confirmé leur caractère historique : Cimetière des esclaves, camps de marrons, lieux publics de culte (sapèl malbar, temples catholiques, doany, etc.), camps des engagés, villages traditionnels.
Le classement de ces sites historiques est une des conditions fondamentales de leur préservation.
Les projets d’aménagement routier ou urbain doivent respecter ces sites historiques et ces lieux de culte. La population doit être systématiquement consultée avant tout projet d’aménagement qui concerne son environnement immédiat et qui atteint son patrimoine foncier et culturel.
Le chantier de basculement des eaux d’Est en Ouest a crée une saignée dans toute la Réunion : Qu’a t-on trouvé dans ces chantiers concernant le patrimoine réunionnais ? Qu’a t-on pu extraire de ces fouilles ? Car tout le monde le sait, et l’association GRATHER l’a proclamée à maintes reprise : « la terre peut parler, peut nous apprendre des choses de notre passé à condition qu’on ait la volonté et surtout le courage politique de la faire parler ». Car c’est bien cette découverte extraite de la terre qui nous aidera à nous réconcilier avec notre passé et à constituer notre patrimoine culturel et identitaire.
À ce titre, nous nous prononçons contre le tracé du tram-train qui expulse les habitants de la Grande-Chaloupe et ceux de la rue Gibert des Molières, deux kartié historiquement constitués, dont le patrimoine architectural et la manière d’habiter doivent être préservés.
La commission d’archéologie préventive doit être expressément mobilisée sur le site des Lazarets afin de reconstituer le plus fidèlement possible l’histoire de la migration et de la quarantaine sanitaire.

G) la toponymie
Pour un rééquilibrage immédiat des noms de rues et des places publiques
Trop de rues portent le nom d’anciens esclavagistes ou de personnes ayant fondé le système esclavagiste, tels Jacob de la Haye, Colbert (qui a conçu le Code Noir), le général Decaen (qui a établi le code Decaen), la compagnie des Indes, le nom de Desbassyns dans plusieurs villes de la Réunion, etc.
Nous demandons un rééquilibrage immédiat et une renomination des rues, des esâces et des équipements publics afin d’introduire dans la cité le nom des esclaves, des marrons et des engagés qui ont contribué à la construction de la Réunion. Nous attirons l’attention sur la présence des femmes dans ces groupes, dont les noms doivent ainsi être honorés. De la même façon, les personnalités publiques : militants politiques, syndicalistes, les acteurs culturels qui se sont battus pour la démocratie doivent trouver leur place dans la cité.
Nous devons nous référer à nos propres héros de l’histoire de la Réunion en leur attribuant la place qu’ils méritent.
Pour une nouvelle signalétique
Pour cela nous devons procéder à un marquage patrimonial de notre territoire, une signalétique urbaine qui retrace ces lieux historiques, camps et kour, pratiques et monuments qui ont jalonné la vie d’un kartié, d’un village et constitué la ville moderne.

H) L’Institut Réunionnais de l’Histoire et du Patrimoine
Pour toutes ces raisons et pour continuer ce vaste chantier qui nous paraît capital pour le développement social, économique, culturel, et humain de la Réunion, la commission Mémoire, Histoire, Patrimoine et Toponymie souhaite que la dynamique enclenchée par le collectif ne s’arrête pas aux Etats généraux qui nous semblent n'être qu’un moment institutionnel, mais qu'elle continue bien après la clôture des travaux. D’ores et déjà, ce groupe qui est constitué de plusieurs associations qui font depuis de longues années un travail sur l’histoire et le patrimoine s’engage à poursuivre ses réflexions et ses travaux en se dotant d’une structure conforme à son évolution.
Cette structure nommée Institut Réunionnais de l’Histoire et du Patrimoine, composée de responsables associatifs, d’historiens, d’archéologues, de juristes, d’anthropologues, de psychologues doit être un organisme ouvert au public et ayant pour objectif de développer la connaissance sur l’histoire et le patrimoine, de faire valoir les droits des citoyens concernant l’histoire et le patrimoine, et de tout mettre en œuvre pour procéder au recensement et à la sauvegarde du patrimoine réunionnais. Il constitue en son sein un comité de vigilance capable de dénoncer les atteintes à la loi sur le patrimoine, et de mobiliser l’archéologie préventive dans tout type de chantier public.

Rapport écrit et cosigné par les associations suivantes : Kolektif Domoun, Komité Eli, Miaro, Pakt Kiltirel Rényoné et Rasine Kaf.