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Thème : Hexagone : thèmes spécifiques

Etats Généraux GRENOBLE

CASOMI
COMITE D'ACTION SOCIALE DES ORIGINAIRES DES D.O.M de l'ISERE.

MEMORENDUM

 Introduction

Les DOM, particulièrement la Guadeloupe et la Martinique, viennent de connaître une violente crise économique, sociale et politique. Cette crise a rencontré une large adhésion des habitants de ces départements, mais aussi des Antillais et sympathisants de la métropole. Regroupés au sein d’un Collectif d’Associations des DOM de l’Isère (CADI), nous avons été sensibles à ce mouvement de protestation, nous y avons apporté notre soutien et restons attentifs aux actions mises en œuvre par la puissance publique pour répondre aux attentes et aux besoins exprimés.

Dans la gestion de cette crise, par l’Etat, nous avons noté sa prise en compte particulièrement tardive du mal être exprimé. La Grève générale a duré plus de 6 semaines avant que ne soit trouvé un accord de sortie de crise. Jamais un mouvement d'une telle ampleur n'a eu lieu en France métropolitaine sans que les pouvoirs publics ne se sentent immédiatement concernés.

Nous avons eu à déplorer, par ailleurs, une certaine indifférence trop longtemps affichée par nombre de représentants de l’Etat face à l’ampleur des revendications avancées par une écrasante majorité des populations en cause :
- Durant son interview sur la crise qui a duré plus de deux heures, le 18 Février 2009, le chef de l'Etat n'a pas un seul instant évoqué la situation que vivaient les français des DOM.
Le discours du chef de l'état évoquant les tensions sociales dans les DOM n'a été diffusé que par les médias exclusivement réservés aux DOM.
Son discours n’avait t-il pas un enjeu national ?

- Les Dom sont placés sous la responsabilité de la ministre de l'intérieur qui jusqu'à ce jour ne s'est toujours pas déplacée.

Les états généraux de l’Outre-mer lancés par l’Etat à l’issue de ce vaste mouvement de protestation n’auront de sens que s’ils permettent d’éradiquer définitivement les inégalités étatiques constatés, les injustices économiques, sociales et culturelles qui structurent depuis trop longtemps nos sociétés insulaires.

 La situation dans les DOM

Le constat sur le développement économique et social des DOM montre qu’il subsiste un problème structurel de fond :
 Sur le plan économique, social, et politique aujourd'hui, les échanges se font exclusivement avec la France hexagonale. Cet état de fait imposé par la loi française coupe nos départements français d’Outre-mer de leur environnement immédiat: le monde Caribéen. Ils sont privés du potentiel de développement économique qu’offre la zone Caraïbe, Sud voire Nord Américaine.

Une plus grande ouverture élargirait le marché économique de nos départements français d’Amérique :
- import/export (nouveaux débouchés),
- marché de l’emploi (circulation des hommes et réponse, en partie, face au chômage endémique que connaissent nos compatriotes),
- échange et adoption de technologies de développement qui marchent et qui ont fait la preuve de leur efficacité dans cette zone élargie
- baisse des prix de nombre de produits importés dans ces Départements…

Un décloisonnement par l’Etat Français des attributions trop restreintes de nos responsables politiques locaux leur faciliterait plus d’autonomie de négociation et d’entreprendre dans cette zone géographiquement et culturellement proche.

Il est urgent de tirer enseignement de cette situation d’étranglement que connaissent nos Départements qui maintient leurs populations dans une position d'assistés.
Pourquoi donc ne pas prendre de décisions courageuses pour sortir de cette impasse?

 Le C.A.D.I note et déplore le mépris avec lequel sont considérés les citoyens français de cette zone : en quoi la santé d’un français vivant en France métropolitaine serait-elle plus précieuse que celle d’un citoyen français habitant dans les DOM ? Pourquoi le Chloredécone, produit chimique agricole extrêmement polluant a-t-il été interdit en terre de France européenne en 1990 et a continué son œuvre dévastatrice dans les terres des DOM jusqu’en 2007 sans un contrôle strict de l’Etat français ?
Terre empoisonnée pour des décennies à avenir, culture vivrière infestée, population consommatrice en grand danger sanitaire, vie humaine engagée montrent assez la défaillance de l’Etat français.
Le C.A.D.I souhaite une clarification sur cette question et connaître les mesures administratives, juridiques, financiers et sanitaires que la France met en mouvement pour réparer ce laisser faire dangereux en défaveur de toute une population, parmi laquelle nous comptons nos proches, nos parents.

Les Antilles, bien que généralement décrites comme les territoires du métissage et de la cohésion rencontrent cependant des problèmes discriminatoires notamment en matière d’embauche et d’emploi envers les personnes noires.

 D’une part, dans le domaine de l’emploi et du chômage, la Guadeloupe et la Martinique comptent 3 fois plus de chômeurs, 4 fois plus de RMISTES, et 2 fois plus de pauvres que la métropole. Pourquoi ?
 L'économie des îles est sous perfusion. Les revenus proviennent en majorité des traitements des fonctionnaires et des aides sociales de toutes sortes.
 En quoi est-ce si difficile d’encourager les initiatives locales de création d'entreprises ?
 En quoi est-ce si difficile de mettre fin au problème des monopoles qui encouragent les abus de toutes sortes.
 En quoi est-ce si difficile de mettre en place une commission permanente de contrôle et suivi des prix.
 D’autre part, la population des jeunes diplômés et surdiplômés antillais est très élevée. Pourtant 21 % d’entre eux est au chômage.
 Pourquoi n’occupent' ils pas des postes à responsabilités localement ?
 Quel est le devenir de cette population de diplômés ? Pourquoi ne pas permettre à ces jeunes diplômés et volontaires de créer leurs entreprises avec des mesures d'accompagnement (formation, financement, encadrement et suivi) ?
Dans le but de pallier toutes ces insuffisances, pourquoi ne pas créer un portail de l’emploi pour les DOM ou le raccord d’une plateforme Antilles-Guyane à un pôle déjà existant tel que « pôle emploi » ? Ce portail mettrait en valeur les besoins économiques des Dom.

Pourquoi ne pas nommer un commissaire à l’emploi qui ferait une évaluation poussée de la situation économique et sociale des Dom, qui mettrait à disposition de la population des statistiques actuelles et précises. Les données actuelles de l’INSEE sont obsolètes.

Enfin, les Antilles ont une histoire et une culture qui méritent d’êtres connues et reconnues par l’ensemble des citoyens français. Cette histoire et cette culture sont aussi françaises.

Les citoyens originaires des DOM de l’Isère constatent, en 2009, non sans consternation l’ignorance quasi généralisée en France de l’Histoire de l’Esclavage des personnes noires, pratique de plus de 3 siècles de l’Etat français.
 Cette méconnaissance est à la genèse de tant d’actes de racisme, de discrimination, tant de violences culturelles, économiques, psychologiques.
Une volonté politique de pallier cette ignorance par tous les moyens dont dispose l’Etat (politique culturelle, recherche, formation initiale, formation continue) rapprocherait le citoyen et hisserait la France, notre France des Lumière jusqu’à la hauteur de ses prétentions : Liberté Egalité, Fraternité… Quelles mesures l’Etat compte prendre à ce niveau ?

 La situation des Antilles-Guyanais dans l’Hexagone

 Dans le domaine l’emploi, cette population quoique bénéficiant d’un fort taux d’activité, la précarité de leur emploi est à noter. Beaucoup sont à mi-temps, n’ont pas les postes à responsabilité dont témoignent leurs diplômes et acceptent la première proposition venue par souci de nécessité. La discrimination à l’embauche à leur endroit est particulièrement sensible.

Quelle ferme volonté politique qu’affirme l’Etat pour faire taire ces dysfonctionnement en défaveur de nos compatriotes ? Quelles solutions pratiques mettra-t-il en œuvre à ce niveau ?

Dans le domaine de la connaissance historique et culturelle nous, français originaires des DOM vivant dans l’Isère faisons le même constat que nous avons exprimé concernant les DOM localement : nos contemporains citoyens français de France que nous côtoyons tous les jours dans toutes les sphères de la vie sociale, économique, politique, et culturelle sont dans une ignorance quasi généralisée d’une partie importante de l’histoire de France, l’Histoire de l’Esclavage des noirs, pratique de plus de 3 siècles de l’Etat français mais aussi ignorance de ce que sont les DOM en général. Nous avons déjà évoqué les conséquences de cette méprise.

Une fois de plus, nous notons la négligence de la France, notamment de l’éducation nationale, de la politique culturelle et de la recherche de la vérité historique de la France en la matière…
Pour faciliter le vivre ensemble, cette histoire et cette culture méritent d’êtres connues et reconnues par l’ensemble des citoyens français. Cette histoire et cette culture sont aussi françaises. Quelles mesures l’Etat compte prendre à ce niveau ?

Pourquoi à l’instar de France3, on n’inclurait pas la chaine France O dans la TNT publique gratuite ? Cette station diffuse de nombreuses émissions historiques et culturelles qui méritent d’être vues par tous.
Il importe que la commémoration de la journée née du 10 mai soit vulgarisée et soit l’œuvre effective des collectivités nationales et locales (France hexagonale) et que la ferme volonté d’y convier l’ensemble de la société française soit manifeste.
Qu'il y ait des rues, des écoles, des places…. qui portent des noms de grands hommes et personnalités des DOM (Gaston MONERVILLE, Aimé CESAIRE, Frantz FANON, Louis DELGRES, Toussaint LOUVERTURE...)
Que la culture artistique et littéraire soit mieux représentée dans les lieux publics (médiathèque, bibliothèque). Jack Lang, à l’époque ministre de la culture a instauré un quota de musique française à passer sur les ondes. Malheureusement, la musique antillaise n’est pas suffisamment représentée dans ce quota. Quelles mesures l’Etat compte prendre à ce niveau ?

Du point de vue du travail pédagogique, beaucoup reste à faire pour former les maîtres et les professeurs et mettre à leur disposition des manuels scolaires qui traitent l’histoire de l’esclavage.

Nous, le CADI, connaissons nombre de chercheurs, de pédagogues, d’artistes, spécialistes d’animation en milieu scolaire qui travaillent depuis plus de 20 ans sur ces questions et qui pourraient aider efficacement les inspections académiques dans leur projet de formation des enseignants notamment. Nous pouvons leur ouvrir notre réseau de ces experts de terrain. C’est là une façon pour nous, associatifs, de prolonger notre action citoyenne.

 L’action de nos associations dans l’Hexagone

On l’aura compris, le rôle des associations s’affirme comme une interface entre les originaires des DOM-TOM, les services sociaux et administratifs et politiques de l’Isère. Les associations qui se créent autour des ultramarins ont un intérêt sociétal et participent à leur meilleure intégration et à la vie de l’ensemble de la citée. Elles s’emploient à établir une cohésion sociale en œuvrant à promouvoir leur culture et rapprocher l’ensemble des citoyens français quelque soit leur origine.

C’est à ce titre que l’on demande que ces associations ne soient pas considérées comme des associations communautaires mais de véritables partenaires de l’action publique, des associations citoyennes. Leurs participations à la vie de la citée se vérifient régulièrement ex : Nous menons des actions culturelles (expositions, conférences, animations…) et sociales qui attirent un public de plus en plus varié d’année en année.

Subventions :
Les demandes de subventions que nous formulons rencontrent des malentendus qui relèvent d’une méconnaissance de nos actions. Pour mener à bien notre mission, nous avons besoin de soutiens financiers, matériels et d’accompagnement à la hauteur de notre mission de service public.

Quelles mesures l’Etat et les collectivités territoriales comptent prendre à ce niveau pour faciliter cette action associative en terme financier, d’accompagnement, de locaux ?

Les signataires:

Philippe-Claude EBROIN AFODOMI/AAI/CASOMI
France-Lise BOUCAUD AFODOMI/CASOMI
Daniel BOUCAUD AFODOMI/CASOMI
Francette ANGELIQUE AFODOMI/CASOMI
Brigitte JOSEPH AFODOMI/CASOMI
Michel BOUCHET AFODOMI/CASOMI
Jacques LAMBOURDE AAI
Jean-Martin ETOO-AZOMBO JURISTE
Florence NEIGE JURISTE
Karinéka SAMAR CARÏBBEAN-MOW
Steeve CARÏBEEN-MOW