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Thème : Quel travail faut-il accomplir pour réconcilier la mémoire, la culture et l'identité ?

Contribution de l'Ethiopia Africa Black International Congress

Fort-de-France, le 13 juillet 2009

Jamais le peuple de la Martinique ne s’était exprimé autant que depuis le 5 février 2009. En effet, depuis le mouvement social débuté à cette date, non seulement la parole s’est libérée et les bouches déliées mais aussi les esprits. Les voix que l’on refusait d’entendre autrefois ont désormais droit de cité. Le contexte actuel nous offre donc à nous, enfants de Sa Majesté Impériale Haïlé Sélassié Ier, l’opportunité de faire entendre notre point de vue sur le mouvement social en cours mais aussi, et surtout, sur l’avenir du peuple. Nous ne pouvons plus laisser les prétendues élites décider à notre place. Car il ne sert à rien de disposer de la liberté d’expression si nous n’en faisons pas usage.
Même s’il est évident que nous partageons certaines des revendications avancées par le peuple, nous avons des exigences qui nous sont propres en tant que Rastafari. L’Ethiopia Africa Black International Congress propose donc de mettre en avant les doléances suivantes :

- la réappropriation par le peuple de son identité africaine ;
- le droit au rapatriement en Afrique ;
- la réparation de l’esclavage ;

I) Réappropriation par le peuple de son identité africaine

Afin de permettre au peuple de se réapproprier son identité africaine, les mesures suivantes doivent être envisagées :
- révision des programmes éducatifs. Ceux-ci devraient refléter l’origine ethnique de la majorité de la population en mettant l’accent sur l’histoire et la culture africaines ;
- facilitation des échanges humains, économiques et culturels entre l’Afrique et sa diaspora mais aussi au sein de la diaspora. A ce titre, les droits de douane prélevés sur les produits en provenance de l’Afrique devraient être supprimés. Les visas exigés aux ressortissants africains doivent impérativement être abolis ;
- la création d’un musée dédié à l’Afrique noire en Martinique ;
- la diffusion par les médias de programmes et informations concernant l’Afrique.

II) Le droit au rapatriement en Afrique

Avant même qu’ils ne soient réduits en esclavage, nos ancêtres ont été victimes de la traite négrière. Autrement dit, ils ont été déportés. La déportation constituant un crime contre l’humanité, nous exigeons que cette exaction soit réparée à travers la reconnaissance du droit au rapatriement des descendants des Africains déportés dans le cadre de la traite. Tout homme noir souhaitant retrouver sa véritable patrie devrait pouvoir le faire sans entrave. A cet effet, nous exigeons :
- L’organisation d’une mission prospective chargée de déterminer quels pays africains seraient prêts à ouvrir leurs portes à leurs frères de la diaspora ;
- La mise à notre disposition de moyens de transport permettant le rapatriement sans frais de ceux qui le désirent ;
- L’accès facilité à la nationalité « africaine » des membres de la diaspora.

III) La réparation de l’esclavage

Les événements récents ont bien révélé que depuis l’abolition de l’esclavage, il n’y avait pas eu de véritable changement de la structure sociale martiniquaise. L’esclavage ayant déjà été reconnu comme crime contre l’humanité par la République française, il est impératif qu’aujourd’hui celle-ci reconnaisse sa culpabilité et dédommage les victimes dudit crime. A cet effet, les mesures suivantes sont envisagées :
- Création d’une commission chargée d’évaluer le montant du préjudice subi par les victimes de l’esclavage et leurs descendants ;
- Le versement de la somme ainsi calculée à des organismes chargés du développement économique de l’Afrique ;
- L’application de l’article 3 de la loi « Taubira » stipulant que la République française doit présenter une « requête en reconnaissance de la traite négrière (…) et de l’esclavage comme crime contre l’humanité (…) auprès du Conseil de l’Europe, des organisations internationales et l’Organisation des Nations unies » ; ceci afin de garantir à tous les descendants des esclaves africains le droit au rapatriement.

Il s’agit là de propositions que l’Ethiopia Africa Black International Congress soumet aux autorités compétentes de la République Française, afin que justice soit rendue à un et à tous, et que l’Etat assume pleinement ses responsabilités vis-à-vis d’un passé colonial lourd de conséquences.
A cet effet, nous nous mettons à la disposition de toute instance disposée à prendre part à cette démarche.
Nous clôturons avec Sept Mots d’Amour : Dieu Est Amour, Aimons-Nous Donc Tous.

P.S : Veuillez trouver ci-joint un exemplaire de l’agenda pour le Rapatriement préconisé par l’Ethiopia Africa Black International Congress.

Nous Sommes,
Le Bureau de l’E.A.B.I.C. en Martinique