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Thème : Quels projets structurants pour l'avenir de chaque territoire ?

Biodiversité et gouvernance : pour une gestion durable et intégrée de la ressource biologique animale

Dans les îles et plus particulièrement à la Martinique, les interactions interspécifiques entre l’homme et la faune prennent diverses formes. En fonction de l’espèce, elles sont assimilables aux relations à tendance négative ou positive sur l’ensemble des entités biologiques impliquées. En effet, en prenant l’exemple du développement de l’anthropisation, nous avons pu constater que si certaines espèces ont connu une expansion de leur distribution spatiale, d’autres au contraire ont vu la leur diminuer jusqu’à l’extinction pour des représentants de perroquets. La chasse, qui bien souvent est une cause récurrente de la diminution des populations d’espèces d'oiseaux, est un exemple type d’un processus de prédation exercé par l’espèce humaine. En outre, les modalités de gestion durable et intégrée auxquelles sont soumises certaines espèces, peuvent, à certains égards, s’apparenter à une forme de commensalisme voire même de mutualisme. En effet, l’homme s’est intéressé à la protection des oiseaux pour des raisons éthiques : conscient de sa responsabilité dans la raréfaction et l’extinction de certaines espèces, on peut comprendre que des considérations morales l’aient poussé à se racheter auprès d’une nature dont dépend sa survie, mais plus encore qu’il accepte de partager avec d’autres espèces. Qui plus est, en attribuant aux animaux une fonction de ressource biologique au travers d’activités cynégétiques et ludiques, leur conservation est d’autant plus justifiée par rapport aux avantages qu’il en tire. Les animaux prennent dès lors une double dimension : ils deviennent un objet et un outil de conservation. En effet, dans une approche écocentriste des rapports anthropiques à la diversité biologique par les valeurs éthiques et socio-économiques des espèces animales, leurs présences sont des arguments justifiant la conservation d’un certain nombre d’espaces remarquables dans les îles.

Nous réaffirmons qu’une approche biocentriste appliquée aux îles de l'outre-mer français serait utopique dans une biosphère dont l’orientation et le foisonnement de la diversité biologique sont principalement liés aux processus de compétition interspécifique. Les changements spatio-temporels de composition et de structuration de la diversité biologique sont inexorablement dépendants du phénomène d’exclusion compétitive. Il est donc normal que, pour assurer sa survie, l’espèce humaine rentre en compétition avec d’autres taxa dans l’exploitation de l’espace et de ses ressources. Nous pourrions aller jusqu’à imaginer l’éradication globale d’espèces qui mettent en danger la vie de l’homme. La lutte pour l’existence est un phénomène normal où les taxa les mieux adaptés à un environnement s’imposent face aux moins biens adaptés. Rappelons par exemple que l’accroissement des effectifs d’espèces d'oiseaux partageant les mêmes ressources alimentaires et les mêmes lieux de reproduction de la Bernache cravant (Branta bernicla) est à l’origine de la diminution de leur population en Europe. En tant qu’espèce, l’homme répond parfaitement aux règles qui régissent la biosphère.

Néanmoins, pour diverses raisons (éthiques, esthétiques, économiques, sociologiques, culturelles, écologiques, etc…), sa sphère intellectuelle lui impose de prendre en considération la conservation de la vie sous toutes ses formes. Il a dès lors la responsabilité de pérenniser sa propre existence dans un altruisme tourné vers les besoins des générations futures, mais aussi les besoins d’autres entités biologiques avec lesquelles il partage la biosphère. Néanmoins, une vision écocentriste dans laquelle la survie de l’homme est au centre des préoccupations doit rester l’objectif prioritaire de la biodiversité. La gestion future des petites îles et plus particulièrement de l'outre-mer français, devra permettre de corriger les effets pervers du développement, par la définition d’actions modèles, applicables s’il le faut dans d’autres parties du monde, et basées sur la qualité de la vie et sur la durabilité, beaucoup plus que sur une croissance en soi. Les raisons et les choix de préservation doivent dès lors être fixés selon les lieux et les circonstances. Les modalités de conservation et de valorisation d’une entité biologique doivent dépendre du contexte social, culturel et économique, analysé à une échelle de gestion territoriale communale replacée dans un cadre international : les règles doivent être fixées en fonction du contexte spatio-temporel. Ainsi, cela autoriserait l’élimination des individus de Tyrans gris, un oiseau qui, en s’attaquant aux ruches dans les espaces consacrés à l’apiculture, peut représenter un facteur de perturbation de la production de miel à la Martinique. Inversement, l’adaptation de mesures de protection au contexte local serait un outil pertinent pour la protection d’espèces singulières considérées comme nuisibles : c’est notamment le cas du Trigonocéphale de la Martinique. Rappelons que ce serpent venimeux est systématiquement éliminé et ce même lorsqu’il se rencontre dans des espaces forestiers inexploités par l’homme. Or, cette espèce de vipère est endémique à la Martinique. D’un point de vue spécifique, son éradication de l’île entraînerait une diminution de la diversité biologique mondiale. Nous pourrions ainsi imaginer que dans une vision écocentriste qui fixerait les règles en fonction du contexte, cette espèce de serpent venimeux pourrait faire l’objet de mesures de protection adaptées dans des espaces naturels très faiblement utilisés et occupés par l’homme. À contrario, sa destruction systématique serait plus que jamais renforcée et justifiée dans les espaces anthropisés. Une telle démarche permettrait probablement de conserver un animal dont les potentialités pharmacologiques restent encore à définir.